JE SUIS, JE CREE. Astrologie & développement personnel

« Solitude : douce absence de regards »

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« Solitude : douce absence de regards »

Cette citation de l’écrivain Milan Kundera montre combien le sentiment de solitude est ambivalent. Quel chagrin, ou quelle sérénité de n’avoir aucun regard posé sur soi !

Il y aurait tant à développer sur le thème de la solitude que la réflexion dépasse largement le cadre de cet article : signifie-t-elle simplement absence de relations ? On peut se sentir seul tout en étant entouré … La solitude est-elle choisie, ou subie, et dans quelle mesure ? Il est très difficile de dire si l’on choisit la solitude ou si, au fond, on s’en accommode ! La solitude peut-elle, parfois, constituer une expérience, pour une part, enrichissante bien qu’on ne l’ait pas choisie ? Peut-on, d’ailleurs, se passer de moments de solitude pour se ressourcer, ou pour créer ?

Peut-être les « âmes seules » ont-elles à vivre, à travers la solitude, des expériences spécifiques comme, par exemple, un « travail » profond sur la relation, ou un détachement pour dépasser des peurs et des dépendances … C’est l’astrologie, certainement, qui répond à ce genre de questionnement, sur le sens de nos expériences et de notre chemin de vie.

Par ailleurs, le sentiment de solitude est sans doute inhérent à l’incarnation, tout comme le sentiment (mental et illusoire) d’être séparé, dont parlent les philosophies non dualistes … La peur d’être seul, qui est très fréquente aussi, si elle est à la racine de nos relations avec les autres, non seulement attire à nous des expériences problématiques, mais représente sur le plan spirituel, également, un nœud qui nous entrave.

En France, cinq millions de personnes vivent dans la solitude, soit 10% de la population, selon une étude récente du Crédoc. Détail remarquable : on note une hausse d’un million de personnes seules par rapport à 2010 : c’est beaucoup ! Ce phénomène dénote une fragilisation et une forme d’exclusion de bon nombre d’hommes et de femmes, et aussi un trouble qui affecte le lien dans notre société.

Dans l’étude du Crédoc, la solitude en France est mesurée par une quasi-absence de liens familiaux, professionnels, amicaux, affinitaires et de voisinage. Souvent, un lien subsiste à travers un seul de ces cinq réseaux, notamment par le voisinage ou bien la famille. Le phénomène de solitude semble rattaché à des facteurs comme le chômage ou l’isolement des personnes âgées.

En astrologie, ces situations sociales sont plutôt liées à la maison XII qui représente, dans notre thème natal, les expériences d’isolement et d’enfermement. Certains contacts de Saturne à une planète individuelle favorisent aussi une forme de solitude, que ce soit à un jeune âge ou à l’âge saturnien, la vieillesse, qui correspond à un faisceau d’expériences, dont la solitude peut faire partie.

Mais cette étude, vue de plus près, révèle certains aspects de l’isolement qui semblent plus inattendus : en fait, la plupart des personnes qui vivent cette situation d’isolement ont un emploi stable – et une majorité, même, un C.D.I. !

Dans ce cas, c’est le lien social, et notamment au travail, qui apparaît inexistant, suggérant un « métro-boulot-dodo » sans contacts réels avec l’entourage. Ou encore des conditions de travail qui limitent les occasions de créer des liens, par isolement géographique ou bien par une sorte de déshumanisation : hiérarchie, « management » sur le mode primates, paperasse administrative, travail devant machines et ordinateurs, etc. Ces problématiques relèveraient plutôt de la maison VI, qui est le secteur des contraintes, du quotidien routinier, du travail, des collègues ou des employés.

Autre petit détail important dans cette étude : parmi ces isolés, 16% ne se sentent jamais seuls, alors que sur l’ensemble des Français, ce sont 12% qui n’éprouvent jamais ce sentiment !

Alors, il s’agirait pour une part, de solitudes choisies, et plutôt appréciées, parce qu’ « il vaut mieux être seul que mal accompagné ». Ou bien cette réponse au sondage vient-elle d’ individus qui développent des résistances, inconsciemment, pour ne pas ressentir la douleur de la solitude ? Ce processus de refoulement, en langage astrologique, est saturnien.

Cette donnée statistique soulève aussi la différence qu’il faut effectuer entre la solitude réelle, objective, et le sentiment de solitude, qui habite n’importe quel individu, quelle que soit sa situation. Un psychiatre, G. Macqueron, donne dans son livre Psychologie de la solitude, une analyse intéressante pour l’expliquer : « Le sentiment de solitude se définit par deux symptômes. Un sentiment d’insécurité et une incapacité à faire appel aux autres. » Les individus, s’ils sont en difficulté, « ont le sentiment de ne pas pouvoir faire face et que, s’ils demandent de l’aide aux autres, ils vont déranger ». D’où un sentiment d’impuissance et de solitude qui s’auto-alimente … (20 minutes.fr)

Enfin, on remarque aujourd’hui une augmentation sensible de la solitude chez les jeunes. La vie moderne, l’usage des outils technologiques pour jouer et communiquer de façon virtuelle, les isolent souvent. Ce « mode de vie » (parfois addictif), en remplaçant souvent un intérêt pour la culture, l’étude, la propension à l’introspection, ou le contact avec le concret et la nature (etc.) ne favorise pas la socialisation, le développement affectif, ou l’intimité avec des amis. Au Japon, se développe le phénomène des hikikomori, des cas plus extrêmes que celui des geeks et des « no-life » : ces jeunes vivent repliés chez eux, reclus au domicile familial, et n’interagissent plus du tout avec le monde extérieur. Internet tient lieu de fenêtre sur le monde … Ce phénomène tend à s’observer aussi, et de plus en plus, dans d’autres pays occidentaux.

Il ne faut pas oublier que l’isolement est parfois un signe de détresse, d’un mal de vivre, liés à des troubles psychologiques comme différents complexes ou la dépression …

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La solitude et le symbolisme astrologique

Il y a certainement mille formes de solitude, et elle est souvent une étape passagère, durant laquelle un « travail » s’effectue sur un plan subjectif.

Dans un thème astrologique, la planète qui symbolise le lien est Vénus.

Après la maison XII et la planète Saturne, les indices favorisant la solitude sont nombreux, et reflètent les innombrables problématiques que les êtres humains peuvent connaître. Cela nous montre aussi l’extraordinaire complexité de l’art astrologique, dont les correspondances symboliques excluent toute traduction littérale et simpliste.

Entamons la réflexion avec quelques données.

Les signes d’eau et de terre peuvent, un peu plus que les autres signes, expérimenter la solitude. Ce sont des signes de polarité féminine, plus intériorisés que les signes masculins.

La sensibilité des signes d’eau peut les fragiliser de temps à autre, et les pousser à s’enfermer physiquement ou psychiquement : le Cancer va chercher refuge chez soi, dans son imaginaire ou dans le passé. Le Scorpion est également très sensible et, de plus, étant assez individualiste, il va rejeter le groupe. Les Poissons fuient, et comme le Cancer, rêvent d’un ailleurs, ou se créent un « paradis artificiel ». Ce signe est le dernier et il évoque toujours une forme de dissolution, vécue de façon mystique ou par des voies plus dénaturées. D’ailleurs, les signes d’eau, dans leur ensemble, sont aussi, en fait, ceux qui favorisent le vie intérieure et spirituelle, sujet qui est abordé à la fin de cet article …

Parmi les signes de terre, la Vierge et le Capricorne peuvent être assez inhibés. La Vierge est, comme le Scorpion, de nature introspective, et très sélective dans tous ses choix. Pour le Capricorne, ce sont souvent des résistances internes qui peuvent induire une solitude, et il a souvent un mode de vie, voire un plan de vie, élaboré pour fonctionner -et longtemps- avec un « blindage ».

Evidemment, les signes d’air et de feu (de polarité masculine) ont aussi leurs petites stratégies : l’air se distancie de ses émotions, et le feu ne croit qu’aux vertus de l’action !

Enfin, les valeurs uraniennes, avec la planète Uranus et le signe du Verseau, peuvent épisodiquement accentuer un sentiment de solitude. L’isolement est vécu avec le sentiment d’être différent, et d’avoir des aspirations pour l’universel (comme le signe des Poissons). Les Uraniens peuvent choisir la solitude, par esprit d’indépendance. Parfois, leurs projets, ou un engagement dans un groupe quelconque, ou pour une idée, voire pour l’humanité tout entière, les éloignent de la vie dans ses aspects concrets, en compagnie d’un … humain ordinaire :) .

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Marre d’être différent ?

 

Affinons encore la compréhension des solitudes :

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Florence Arthaud, 28 octobre 1957, 19H35, Boulogne-Billancourt

Florence Arthaud

Le tempérament des navigateurs solitaires …

Sur la carte du Ciel de naissance de Florence Arthaud, grande navigatrice brutalement décédée l’an dernier, on remarque la conjonction Soleil-Neptune en Scorpion en maison VI. Le contact serré Soleil-Neptune indique son attrait pour l’océan (Neptune-Poséidon, dieux des eaux, des mers, des océans). Dans le Scorpion et la maison VI (maison de la santé), il y a une atmosphère de crise, sans doute des épisodes de dépression et, ce n’est pas un secret, d’alcoolisme. Neptune est en effet en relation avec le psychisme. Un contact entre le Soleil et Neptune implique une fuite, et la fameuse recherche de « paradis artificiels ». Soleil-Neptune indiquent aussi l’évasion géographique que les grandes traversées permettaient d’expérimenter.

Ce placement Soleil-Neptune en maison VI me suggère aussi que la native éprouve une difficulté à s’adapter au quotidien, à sa routine, et aux contraintes du travail. Naviguer, c’est échapper à certains de ces aspects de la vie où elle se sent à l’étroit, comme Neptune (la fusion au Tout, l’infini) dans la maison VI (les limitations) …

Le carré Soleil-Uranus ajoute une touche d’anti-conformisme, une différence qui ne fait pas suivre le troupeau.

Vénus est en sextile de Mars et de Jupiter, ce qui apporte des satisfactions affectives. Cependant, une large conjonction Vénus-Saturne encadre le Descendant (ou maison VII, du conjoint et de la vie sociale) : c’est une touche restrictive à l’épanouissement sentimental, ou aux contacts sociaux; la native est encline à « choisir » la solitude.

 

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Charles Baudelaire, 9 avril 1821, 15H00, Paris.

Charles Baudelaire

Dans le thème du poète Charles Baudelaire, c’est encore le Soleil qui est aux prises avec un astre en conjonction : Saturne.

La conjonction Soleil-Saturne montre une influence paternelle importante et douloureuse, par privation ou par dureté (l’un n’excluant pas l’autre !) ; le père de Baudelaire meurt alors qu’il est très jeune. Plus tard, il vivra une relation négative avec son beau-père. Celui-ci s’oppose à sa vocation de poète, tandis que sa mère le soutient (Lune en maison XI). La conjonction Soleil-Saturne indique un individu solitaire et une tendance à l’introversion. Saturne donne à l’expression solaire une gravité, une douleur (le spleen) et une profondeur qui limitent beaucoup la spontanéité, la sociabilité. Baudelaire est un peu misanthrope (ou, du moins, mal à l’aise face au monde collectif), et méprise à peu près tous les courants artistiques ou politiques de son époque.

Le carré du Soleil à la Lune en Cancer indique un conflit entre les valeurs féminines et masculines : la sensibilité et l’autorité sont désaccordées, et la personnalité est marquée par une lutte. L’oeuvre de Baudelaire est d’ailleurs peu appréciée, voire honnie de son vivant.

La poursuite de son recueil Les Fleurs du mal pour « outrage à la morale publique et aux bonnes moeurs » illustre encore comme le poète (ou l’artiste à la recherche du Beau idéal) est incompris par « le vulgaire » (terme employé dans le poème « L’Albatros » qui décrit la condition du poète dans la société). On peut aussi percevoir l’ambivalence de Saturne, fonctionnant par compensation : le poète, comme le « prince des nuées » au plus haut dans le Ciel, est placé au plus bas parmi les hommes.

La vie de Baudelaire illustre le mythe romantique de l’artiste qui vit et crée dans la souffrance. L’isolement dénoté par la conjonction Soleil-Saturne forme des conditions à la fois très frustrantes et propices à la création : une sorte de bulle permet à l’individualité de se démarquer, de se ramener vers soi, de s’approfondir et de créer.

L’Ascendant Vierge accentue le tempérament inhibé, exigeant, insatisfait, raffiné, à la recherche d’une perfection.

Baudelaire apprécie le génie de Balzac, admire et traduit Edgar A. Poe en français, et il sera plus tard la référence d’Arthur Rimbaud …

 

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Michel de Montaigne, 28 février 1533, 11H30 (calendrier julien), Château de St Michel de Montaigne (Dordogne)

Montaigne

Malgré son heure de naissance vague, « entre onze heures et midi », étudions la carte du Ciel de Montaigne.

Le Soleil en Poissons et l’Ascendant Cancer rendent enclin, si nécessaire, à fuir et à se retirer dans son propre univers. La maison I, du « moi », est mise en valeur par deux astres lents, Saturne et Uranus. Montaigne se sent distinct de l’autre, et son intérêt se tourne volontiers vers lui-même. L’écriture de son oeuvre Les Essais en témoigne magistralement : « Je veux qu’on m’y voie dans ma façon d’être simple, naturelle et ordinaire, sans recherche ni artifice : car c’est moi que je peins.(…) Ainsi, lecteur, je suis moi-même la matière de mon livre (…) »

Montaigne entreprend son ouvrage en 1572 et le retravaille constamment jusqu’à sa mort en 1592. Avec Saturne et Uranus, deux astres au symbolisme très différent, la découverte de soi est complexifiée. Saturne en maison I montre une introversion, la nature réfléchie et profonde, introspective, qui perfectionne sans cesse sa pensée (en Cancer, il montre aussi un complexe lié aux parents, à la mère).

Uranus en maison I exalte encore la conscience de ses différences, de ce qui est unique en lui-même, de sa liberté : « Mon opinion est qu’il faut se prêter à autrui et ne se donner qu’à soi-même. ». Pourtant cette position farouchement indépendante conduit à la tolérance : « Je ne partage point cette erreur commune de juger d’un autre d’après ce que je suis. Je crois aisément qu’il y a des qualités différentes des miennes (…) Je conçois et crois bonnes mille manières de vivre opposées ; au contraire du commun des hommes, j’admets en nous plus facilement la différence que la ressemblance. »

La recherche est philosophique et a une visée universelle (Uranus) : « Chaque homme porte la forme entière, de l’humaine condition. » La solitude relative de Montaigne correspond à un goût pour l’introspection, la réflexion, la recherche d’une sagesse. Elle est une méthode philosophique.

Montaigne représente bien l’homme qui, dans sa solitude, peut élaborer le meilleur et l’offrir à ses semblables. Cette appréciation de Nietzsche en témoigne (citation que je suis ravie d’avoir retrouvée, point de vue admirablement exprimé, et que je partage) :

« Je ne connais qu’un seul écrivain que, pour l’honnêteté, je place aussi haut, sinon plus, que Schopenhauer, c’est Montaigne. En vérité, qu’un tel homme ait écrit, vraiment la joie de vivre sur cette terre en a été augmentée. » (Nietzsche, Considérations inactuelles, III)

Solitude et vie spirituelle

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La solitude est âpre et peut aussi être créatrice, enrichissante ou libératrice, ce dont nous avons besoin sur le plan intérieur.

Elle favorise la connaissance de soi, la vie spirituelle et le mysticisme, qui sont loin d’être absents de nos sociétés, malgré les apparences. L’aspiration à « autre chose », elle, est quasiment universelle, même si l’on n’en parle pas dans les études sociologiques, ni dans les médias, qui représentent plutôt la voix de l’extériorité, de la troisième dimension :) . D’ailleurs, la solitude spirituelle est souvent le lot des personnes engagées dans un processus d’éveil, car elles ne trouvent pas facilement de compagnons d’âme, et perçoivent qu’un fossé se creuse entre elle-même et le collectif.

Le mot « moine » se traduit étymologiquement par « homme seul », un état profondément spirituel dans plusieurs religions. En général, le cheminement intérieur du moine le conduit au vide de soi pour se relier à Dieu …

 

L’homme seul ne s’ennuie pas forcément; en fait, il ne fuit pas son vide intérieur.

Dans la philosophie bouddhiste, par exemple, le vide est vacuité. La vacuité n’est pas le néant, mais la conscience de la nature illusoire des phénomènes. Cette compréhension de l’illusion se fonde sur l’observation que toute chose n’existe que par rapport à une autre … L’absolu est vacuité. Elle délivre de la souffrance, et elle est réalisée par l’éveil.

L’approche de ce concept de vacuité accorde un point de vue distancié sur nous-même, les autres, les événements, puisque la vacuité est la réalité ultime : c’est l’être des « choses », des apparences.

La méditation, ou bien simplement une façon d’être, une attitude méditatives, calment l’agitation mentale, les pensées incessantes et les émotions négatives. Cela aussi est une « douce absence de regards », une forme de solitude parfaite, avec un mental au repos …

Cet état n’exclut pas les relations; au contraire, il les facilite. Un certain retour vers soi, apparenté à la solitude, nous harmonise, pacifie notre rapport au monde et nos échanges avec les autres.

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Anne L jesuisjecree.com