Pluton, démons et exorcisme : le cas d’Anneliese Michel

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Anneliese Michel (photo trouvée sur le site opnminded.com)

Cet article commente le thème astrologique d’Anneliese Michel. Cette jeune femme est morte à l’âge de 22 ans, en raison d’un mal interprété comme un cas de possession démoniaque pour les uns, et comme une maladie pour la médecine.

Mais comme pour compenser trop de rationalité scientifique, ou pour parachever un interdit de penser, sa vie a inspiré une production américaine L’exorcisme d’Emily Rose, parue en 2005. Cette version cinématographique, très éloignée de la vérité des faits, traduit peut-être un refus d’examiner le réel pour en faire un spectacle sensationnel (certes lucratif), et pour cultiver la peur, ainsi que le goût de l’horreur.

Pourtant, ce qui est intéressant, c’est d’aborder réellement les choses et d’y réfléchir (à défaut de les élucider) …

Résumons les faits

Anneliese Michel est née en Allemagne le 21 septembre 1952 dans le village de Kligenberg, en Bavière. Sa famille était catholique pratiquante, et la jeune fille devint à son tour très pieuse.

A partir de 1968, à l’âge de 16 ans, elle a été prise de convulsions. Un neurologue l’a diagnostiquée épileptique, et elle a été hospitalisée pendant un an en psychiatrie, où des psychotropes à fortes doses lui ont été prescrits. Elle a développé une dépression et une aversion pour les objets religieux.

Malgré son mal, Anneliese Michel a réussi à faire des études secondaires. Cependant, dès 1970, elle a été de nouveau traitée médicalement pour des convulsions. Anneliese Michel avait aussi des visions de visages de démons ; et elle entendait des voix lors de ses prières quotidiennes.

A partir de 1973, ses parents se sont tournés vers des prêtres pour leur demander de pratiquer un exorcisme sur leur fille. Celui-ci leur a été refusé. Les médecins lui ont prescrit à ce moment-là un traitement pour les psychoses, la schizophrénie et les troubles de la personnalité, et cela a été complété par un anti-épileptique. Cependant, l’état d’Anneliese Michel ne s’améliorait pas.

De nouveau, sa famille se tourna vers les religieux. Un prêtre, en 1974, accepta d’exorciser la malade, mais sa hiérarchie refusa. La jeune fille avait alors de violentes crises, durant lesquelles elle battait, mordait et insultait les membres de sa famille.

En 1975, l’archevêché accepta de pratiquer un exorcisme selon le rituel romain. Cette décision a été précédée d’une enquête stricte du diocèse. La jeune fille était apparemment possédée par plusieurs démons (dont Hitler). A partir de ce moment, la famille abandonna les traitements psychiatriques, et Anneliese Michel fut soumise à un, voire deux exorcismes par semaine : en tout, 67 exorcismes furent pratiqués. Durant ces séances, elle s’exprimait avec différentes voix de démons. Beaucoup d’images d’Anneliese Michel dans un terrible état de dégradation sont présentes sur internet. Un enregistrement d’une séance d’exorcisme de la jeune fille est également visible sur Youtube. (je ne l’ai pas visionnée ; l’étude astrologique occasionnant en elle-même des ressentis). En 1976, la santé d’Anneliese Michel sembla s’améliorer et elle reprit une vie normale. Mais ce répit n’a pas duré, et son état est vite redevenu très inquiétant.

A partir du printemps 1976, elle a refusé de s’alimenter et de boire et comme, de plus, les exorcismes l’avaient fatiguée, la jeune femme avait atteint un état d’épuisement qui lui a été fatal. Elle demanda l’absolution aux prêtres le 30 juin et mourut dans son sommeil le 1er juillet.

Le procès

Un procès sur cette affaire a eu lieu en 1978. Le prêtre, Ernst Alt, ainsi que les parents d’Anneliese Michel ont été inculpés pour négligence ayant entraîné la mort, et condamnés à six mois de prison avec sursis. Pour les psychiatres, qui ont rejeté l’idée d’une possession démoniaque, les prêtres avaient en effet favorisé le délire psychotique d’Anneliese Michel. Une épilepsie du lobe temporal aurait également influencé sa psychose. Certains psychiatres ont parlé de troubles dissociatifs, la jeune fille parlant d’elle-même en disant « nous », les personnalités étant les « démons ». Ils pensent qu’elle souffrait de schizophrénie, et qu’elle aurait pu mener une vie normale avec un traitement approprié. La lourdeur des traitements qui lui ont été prescrits, suivie de leur arrêt, a également été fatale.

Interrogée en 2005, la mère d’Anneliese Michel qui était encore en vie, a déclaré que, pour elle, sa fille était bien possédée et qu’il n’y avait pas d’autre moyen, pour tenter de la sauver, que les exorcismes.

A notre époque moderne, on parle de maladie, de troubles psychiatriques, alors que jadis, pour ce genre de symptômes, on évoquait davantage des cas de possession démoniaque … Les avis divergent encore aujourd’hui ; et l’événement, ainsi que le procès ont donné lieu à l’expression de toutes sortes de partis pris et aussi d’hostilités religieuses …

Le thème d’Anneliese Michel

L’heure de naissance de la jeune fille n’étant pas connue, il n’est pas possible de calculer les maisons astrologiques, ce qui réduit hélas les possibilités d’interpréter plus précisément son thème. Cependant, sa date de naissance permet au moins d’observer certaines positions planétaires dans les signes du Zodiaque. Il n’est évidemment pas possible de déterminer de quoi souffrait Anneliese Michel -il s’agit d’une question de croyance-, mais simplement de voir ce que les symboles de l’astrologie expriment.

De plus, l’interprétation dépend de la perspective adoptée : astrologie traditionnelle, psychologique, karmique (etc.), et de « l’état actuel de nos connaissances ». Exactement comme lors du procès, deux visions se sont opposées, une vision religieuse considérée comme moyenâgeuse (cependant encore en vigueur chez l’homme moderne), et l’esprit rationnel de la médecine.

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Anneliese Michel, 21 septembre 1953, Kligenberg (Allemagne)

Un karma puissant, lié à la position de Pluton en Lion

La position planétaire la plus remarquable sur la carte du Ciel est celle de Pluton. En effet, Pluton (qui est aussi Hadès, dieu des enfers) est au nœud sud de la Lune, dans le signe du Lion. Cette position planétaire prend un sens important du point de vue de l’astrologie karmique : Pluton évoque une tendance développée dans les vies antérieures, qui a un impact sur l’incarnation actuelle de l’âme. Il peut donc signaler un possible karma lié à un abus dans l’exercice d’un pouvoir, et/ou à la manipulation d’énergies (la magie, par exemple, ou tout autre contact avec des forces négatives). L’idée de pouvoir obscur est assez conforme aux tourments spirituels vécus par la jeune fille durant sa vie.

Pluton peut aussi faire référence à des pertes vécues dans une vie antérieure, qui ont puissamment affecté l’âme.

Les notions de vie et de mort sont présentes. Dans ce contexte, Pluton évoque un pouvoir dont la native dispose, et qu’elle peut employer pour une destruction, ou pour une régénération. Le vécu d’Anneliese Michel illustre cette signification, puisqu’elle a dû « se battre » contre la maladie pendant huit ans, alternant crises et courtes rémissions. En outre, la jeune fille a cessé de s’alimenter, ce qui est une forme d’autodestruction. Elle a pris cette décision pour, disait-elle, chasser satan, et expier les fautes de la jeunesse dans la société. Cette attitude est caractéristique de Pluton, qui agit sans modération; c’est un extrêmiste. De plus, le Soleil, maître du Noeud sud de la Lune, est placé en Vierge, conjoint à Mercure (en domicile), des données virginiennes suggérant une recherche de pureté, et donc aussi un refoulement psychologique …

On voit dans ce thème un contraste entre, d’une part, un pouvoir puissant, une mégalomanie peut-être même, liée à des tendances « obscures », qui sont les « démons », quel que soit le sens qu’on leur donne (Pluton en Lion) et, d’autre part, une attitude de contrôle que les planètes en Vierge expriment. Un œil sur la description de la schizophrénie montre que le patient a l’impression d’être contrôlé par une force extérieure. Ceci est sans doute à mettre en correspondance avec ce contraste entre un « pouvoir » et un contrôle : on trouve là la possibilité d’une possession par des démons, mais aussi celle de troubles dissociatifs.

Quoi qu’il en soit, en termes astrologiques, on peut dire qu’aucun être humain, actuellement, n’a intégré les énergies de Pluton. Il est donc souvent projeté à l’extérieur, en une puissance obscure et destructrice … La jeune fille a ramené d’une vie antérieure cette problématique spécifique, et sa façon d’appréhender la vie religieuse, avec une morale un peu intégriste, y participent sans doute, car sa perception est fortement clivée en « bien » et en « mal », et ce clivage est associé à un « refoulement » (le « bien »), et donc au « défoulement » des instincts et des contenus inconscients (le « mal », les démons).

Pluton ou la connexion avec des énergies collectives

Il n’empêche que le chercheur animé d’un doute méthodique n’exclut pas non plus la possibilité d’une possession démoniaque. Qui sommes-nous pour prétendre tout connaître ?

En astrologie, Pluton concerne des énergies de nature collective. Ainsi, la jeune fille peut avoir été une sorte de canal à des « énergies sombres », issues de mémoires collectives, ou de l’inconscient collectif,  que nous nommons généralement des démons. Selon le psychiatre Jung, en plus de l’inconscient personnel, nous sommes en contact avec un inconscient collectif. En outre, selon les données de la biographie d’Anneliese Michel, les démons, qui se sont identifiés lors des exorcismes, prétendaient être des entités illustres, connues historiquement : Lucifer, Judas Iscariote, Néron, Caïn, Hitler, ainsi que Fleischmann (un prêtre franque déshonoré du XVIe siècle).

Lorsqu’on évoque, pour Pluton, des énergies de nature collective, on peut aussi faire référence à l’inconscient de la famille d’Anneliese Michel. En effet, l’adolescente a pu manifester un problème familial, qui la concernait, mais qui concernait aussi ses parents et ses sœurs (il en sera question dans la suite de cette étude). Jamais un individu ne vit un problème seul au sein de sa famille ; c’est toujours un problème qui concerne le groupe familial.

En outre, selon la psycho-généalogie, les problématiques vécues par les ancêtres familiaux d’un individu influencent sa psychologie et sa destinée.

Si l’on connaissait l’heure de naissance d’Anneliese Michel, on pourrait préciser et infléchir dans un sens ou un autre l’interprétation du sens de son vécu, en fonction des secteurs astrologiques indiqués par les maisons. Nous ne pouvons faire plus que suggérer ces quelques pistes.

Les conflits psychologiques et moraux

Poursuivons : Jupiter rétrograde en Taureau est en carré à Pluton et aux nœuds lunaires. Il forme un trigone avec la conjonction Soleil-Mercure en Vierge. Par ailleurs, Uranus en Cancer est lui au sextile de Jupiter, et en carré au trio de planètes en Balance : Lune-Vénus-Neptune. Un dessin planétaire apparaît avec ces planètes, des « ailes d’oiseau », demandant a priori un travail sur l’expression de soi et, notamment, un assouplissement.

Le carré Jupiter-Pluton est très significatif, surtout dans ces deux signes fixes. Il évoque la possibilité d’une toute-puissance, qui peut être négative, comparable en effet à celle de « démons » …

Par ailleurs, les carrés de Jupiter et d’Uranus évoquent aussi une problématique liée à la notion de dogme et de conformité. En effet, on apprend qu’Anneliese Michel avait des sœurs, dont l’une était née hors mariage, et que celle-ci est morte à l’âge de huit ans. On sait que toute jeune, Anneliese Michel s’était imposé des pénitences pour expier les fautes de l’illégitimité. Elle a aussi fait des pénitences pour expier les fautes des prêtres coupables, selon elle, de crimes moraux. Il y a matière à réflexion, et on suppose que de nombreux psychologues ont analysé l’histoire d’Anneliese Michel (mais je n’ai pas lu d’ouvrages sur elle, me contentant d’étudier son thème, et de me référer à une courte biographie de la dimension d’une page). On peut suggérer que cette jeune fille à la morale rigoriste projetait sur des objets extérieurs une problématique personnelle, notamment un sentiment de faute, de culpabilité, inconscient. Cette problématique inconsciente pouvait être aussi familiale (voire trans-générationnelle). Elle peut aussi être de nature karmique, ayant des origines dans une vie antérieure (?)

Ainsi, cette étude évoque aussi la thématique des croyances, la rigueur religieuse, voire l’extrêmisme, et la part d’inconscient qu’ils renferment. Dans le cas d’Anneliese Michel, la rigueur a été vécue à travers certaines croyances, accompagnées d’une autodestruction (souvenons-nous qu’elle a voulu dès son jeune âge porter le poids d’une faute).

On voit avec le trigone entre la Lune, Vénus, Neptune, Saturne, et le Noeud nord de la Lune qu’Anneliese Michel disposait de qualités émotionnelles, affectives, spirituelles et morales. Mais le carré d’Uranus à ces planètes crée un conflit puissant ; il suggère une radicalité, une instabilité sur le plan nerveux, émotionnel (peut-être à rattacher à l’épilepsie ?)

En conclusion, ces interprétations visent à élargir le champ de notre compréhension. Les interprétations peuvent se superposer sans s’exclure … Si les cas de possession démoniaque existent réellement, ils sont vécus dans un contexte, ils sont liés à des croyances, et surtout à la psychologie de l’individu, de son entourage, et à son hérédité. On ne peut donc pas nier ce contexte.

Une problématique liée à un pouvoir démesuré, évoquant soit un abus, soit une possession, ressort bien. Dans le thème de la jeune fille, la morale et le refoulement entrent en conflit avec des tendances obscures. A chacun de décider de la nature de ces tendances obscures : l’inconscient ou des démons.

Je privilégie les interprétations psychologiques, mais le fait que Pluton soit une planète collective ne permet pas de refuser l’idée que la native ait pu être la proie de forces négatives, issues du plan astral, et/ou de l’inconscient collectif, donc de démons. La vie et l’incarnation de l’âme restent un mystère …

Anne L jesuisje cree.com